- Salomé ?! Tu n'as pas encore fini? Viens s'il te plait m'aider à servir les clients, il y a beaucoup de monde. . .
Houlda criait pour se faire entendre par-dessus le brouhaha de l'auberge et son visage rebondi était rougi par l'effort qu'elle devait fournir en cette veille de shabbat : Les commerçants qui prenaient la route du retour après avoir vendus leurs stocks au marché voulaient être servis rapidement afin d'être de retour chez eux avant la nuit; d'autres ayant fait une longue marche, désiraient se restaurer un peu, avant d'entrer dans Jérusalem.
Salomé soupira . . . c'était à chaque fois pareil avant shabbat; l'auberge bondée, tante Houlda qui ne savait plus où donner de la tête et son oncle lui, tranquillement installé au milieu d'un groupe d'hommes, occupé à "accueillir le client". Comme il aimait à le souligner :
« - Si mon auberge est la plus réputée de la vallée du Cédron, c'est parce que j'y accueille moi-même tous les clients comme des amis !... »
Salomé elle, penchait plutôt pour croire que la bonne réputation du lieu tenait surtout à la cuisine de sa tante !
Tout en fourrageant dans ses poêles et en lui indiquant trois rations de pigeons aux olives et un pichet de vin, à apporter à un des groupes de convives, celle-ci ajouta :
- N'oublie pas surtout d'aller rechercher
Nathan à la synagogue ! Tu sais bien que la veille de shabbat je n'ai pas le temps, quant à ton oncle, il est bien trop occupé!
Salomé sourit : Son jour préféré ! Le jour où elle pouvait aller seule musarder un peu dans les rues de la cité. En effet depuis la dernière fête de Pessah, Nathan avait commencé de suivre les cours du Rabbin. . . Il avait huit ans maintenant et Salomé était fière de lui. Un peu jalouse aussi, elle aurait tant aimé, apprendre à lire et à compter. . . Mais seuls les garçons étaient admis aux cours du rabbin. Les filles elles, devaient se contenter de travaux ménager et c'est vrai que Salomé ne manquait pas d'occupation : que ce soit à l'auberge ou surtout dans les collines environnantes à garder les chèvres de son oncle... Mais le soir, en cachette, au moment de se coucher, elle demandait à Nathan de lui raconter tout ce qu'il avait appris et elle essayait d'apprendre elle aussi à compter et à déchiffrer les lettres qu'il lui traçait un peu maladroitement sur le sol de terre battue...et ça, c'était leur secret ! Salomé, perdue dans ses pensées n'écoutait plus sa tante, qui continuait de lui donner ses injonctions :
- .... Tu passeras aussi chez le potier pour voir s’il a terminé les pots que je lui ai commandé, puis tu iras chez Moïse le meunier pour lui dire que ton oncle passera après shabbat chercher la farine qu'il nous a promise.
Salomé hocha la tête tout en s'efforçant de rassembler les plats vides que sa tante ramenaient de la salle, où les clients continuaient de faire honneur à sa cuisine.
La jeune fille se pressa pour mener à bien sa tâche aussi vite que possible, afin d'avoir le temps de flâner un peu en ville avant de retrouver Nathan.
Ces promenades là étaient toujours des temps privilégiés, elle aimait tant parcourir les petites rues animées de la citée basse, assister aux marchandages devant les échoppes, admirer aux passages les jolies étoffes des marchands, l'odeur des épices et le mélange bariolé et pittoresque des rues.
Très vite, elle eut terminé. Le cœur léger, elle s'en alla d'un pas leste sur la route de Jérusalem. Dès qu'elle fut hors de vue de l'auberge, elle quitta la voie romaine, enlevant ses sandales et saisissant l'arrière de sa tunique, elle la fit passer entre ses jambes jusque devant pour l'accrocher à sa ceinture, transformant ainsi son vêtement en une sorte de large pantalon, comme le faisait souvent les hommes pour travailler plus aisément. Ainsi accoutrée, légère comme une gazelle, elle coupa au plus court au flan de la colline, évitant avec facilité les buissons épineux, elle rejoignit le sentier caillouteux qui, après de multiples méandres entre les oliviers rejoignait le bas des remparts. Elle le suivit jusqu'à une porte secondaire, dormant directement sur la rue des potiers.
S'arrêtant à l'abri des regards, elle remit un peu d'ordre dans sa tenue. (Comme disait toujours sa tante Houlda, il n'est pas digne d'une jeune fille d'être vêtue comme un travailleur et ébouriffée comme une commère !) Elle lissa un peu ses cheveux, rectifiant les mèches rebelles qui sans cesse s'échappaient de son voile, remit ses sandales, sa tunique en position normale et une fois rassurée sur son apparence, se remit en route.
« - Voyons, que lui avait donc dit Houlda, passer chez Moïse et puis…ah .... elle avait oublié !»
Elle haussa les épaules:
« - Tant pis, ce n'est pas grave, cela me reviendra peut-être… » En attendant, le soleil était encore haut par delà les murs de la ville, elle avait largement le temps de se promener dans les rues, peut-être même de monter jusqu'à la porte du Temple...!
La jeune fille allait, flânant, inconsciente des regards plutôt flatteurs qui, à son passage, la dévisageaient. Ce que les passants remarquaient, ce n'étaient pas des vêtements somptueux, non, mais la simple harmonie qui se dégageait de cette silhouette souple et dynamique, la douceur du visage aux traits réguliers, intensifié par l'ambre d'un regard profond souvent un peu triste…La fillette de Bethlehem avait disparu pour laisser la place à une jeune fille. . .
C'est au moment où elle gravissait les marches du grand escalier menant au Temple, qu'elle entendit en contrebas le bruit d'une altercation. S'approchant du muret de l'escalier, elle se pencha pour voir ce qui se passait...
Un groupe de soldats de la garde d'Hérode, sans doute ivres, s'en prenaient à un pauvre bougre, un mendiant, le malmenant rudement. . . A la vue des gardes d'Hérode qu'elle reconnu à leur leur tenue particulière (courte tunique bleue, bouclier ovale et leur cheveux clairs tressés de part et d'autre de leur tête) Le sang de Salomé ne fit qu'un tour ! Les paroles de son oncle lui revinrent brutalement en mémoire : un jour, alors qu'elle l'avait accompagné en ville, ils avaient croisé une escouade de ces mercenaires gaulois, dont était composée la garde d'Hérode, Bildad les avaient toisés avec haine et mépris, crachant par terre après leur passage (s'assurant bien d'abord qu'ils ne le voyaient pas), il avait ajouté :
« - Regardes-les ma fille, regardes-les bien, se sont ces chiens qui ont assassiné ton père, se sont les chiens d'Hérode et lui ne vaut pas mieux ! » La phrase tournait dans la tête de Salomé:
« Ils ont assassiné ton père. .
. » Elle s'agrippa de toutes ses forces au muret de l'escalier, comme prise de vertige et tout à coup, sentit la pierre bouger sous ses mains, un morceau long comme son avant bras
s'enlevait . . . sans réfléchir, presque par intinct, elle le saisit à pleines mains, finissant avec frénésie de le détacher du muret et le levant au dessus de sa tête, elle le projeta
violemment, de toutes ses forces sur la troupe de soldats qui continuait avec acharnement sa triste besogne.
L'effet fut percutant, un soldat, atteint en plein front s'effondra, entraînant dans sa chute, deux de ses acolytes. Salomé le vit tomber frappé au front, mais ne réagit pas, elle restait acoudée au bord du muret...comme inerte.... ne ressentant qu'une sorte de stupeur, puis, en une fraction de seconde, elle prit conscience de la gravité de son acte et des conséquences qui pouvaient en découler. . . Les soldats n'allaient sûrement pas en rester là, ils allaient venir, la trouveraient, s'en prendrait à elle. . . Mais elle restait là, mmobile, paralysée. Soudain, une main ferme lui empoigna le bras et une voix masculine l'apostropha sourdement en la tirant en arrière :
« Petite folle ! Tu veux te faire déchiqueter à coups de lance? Par ici, vite ! »
Elle n'eut que le temps de deviner une silhouette grande et bien bâtie qui la happait vers le haut de l'escalier, elle se retrouva soudain emportée dans une course effrénée, bousculant sans vergogne au passage, tous les pèlerins, nombreux comme à l'habitude sur le grand escalier, surtout une veille de shabbat. . ..
En entendant derrière elle les soldats qui gravissaient les marche en vitupérant, des ailes semblèrent soudain lui pousser dans le dos et en quelques instants, ils furent en haut de l'escalier, non sans avoir été au passage copieusement aspérgés par la précieuse cargaison d'un porteur d'eau. Ne prenant pas le temps de lancer un mot d'excuse, ils continuèrent à fuir. Evitant la porte du parvis des Gentils, l'inconnu l'emmena plutôt en direction des rues avoisinantes; ils continuèrent de fuir à toutes jambes ainsi durant plusieurs minutes encore, changeant sans cesse de direction pour finalement s'arrêter, à bout de souffle, derrière une échoppe dans une rue tranquille.
Salomé s'écroula, la tête lui tournait; son cœur battait à tout rompre. . .
Elle releva les yeux, et rencontra le regard de celui qui l'avait tiré d'un si mauvais pas. Il était debout, appuyé contre le mur, l'air à peine essoufflé de leur périple. Salomé se senti gênée... la situation était plutôt inattendue . . . et embarrassante. C'est à ce moment-là seulement, qu'elle pris conscience que l'inconnu n 'était pas un juif ! La jeune fille senti ses joues virer au cramoisi, un romain ! Non seulement elle avait commis un acte condamnable qui risquait de mettre sa vie en danger, mais en plus elle avait fuit et parcouru la moitié de la ville entraînée par un romain! Un envahisseur, un ennemi, un oppresseur de son peuple! Voyant qu'elle restait bouche bée et voulant la rassurer il 1ui dit:
« - Je crois qu'on a réussit à leur échapper, maintenant est-ce que tu vas me dire qu'elle idée t'es passée par la tête ? Tu veux donc mourir ? »
Voyant que Salomé le regardait toujours avec des yeux écarquillés, il esquissa un sourire :
« - J'ai rarement vu une jolie jeune fille aussi intrépide, ou alors aussi inconsciente...
Comme elle ne répondait toujours pas il insista :
- Aurais-tu avalé ta langue pendant la course, ou es-tu muette de naissance ? Je te fais peur ? Pourtant je suis beaucoup moins dangereux que la garde d'Hérode, sais-tu ? Dis-moi au moins ton nom…. !
Il la regardait avec insistance de ses yeux verts qui pétillaient gaiement sous sa tignasse noire et bouclée.
- ...Sa1omé...
- Voilà qui est mieux, tu n'es donc pas muette... Et bien moi, je m'appelle Flavius. »
Salomé nota qu'il parlait l'araméen presque sans accent, ce qui pour un romain était assez rare, car ils repugnaient en général à utiliser ou même apprendre le langage de ceux qu'ils avaient conquis. . . De plus il était très jeune et son visage aux traits réguliers rayonnait d'un sourire plutôt sympathique . . . Il lui tendit la main:
« - Relève-toi, je pense que le danger est écarté maintenant, tu vas pouvoir rentrer chez toi, veux-tu que je te raccompagne?
- Non, non merci.. » "Surtout pas", pensa-t-elle...
Salomé n'avait plus qu'une hâte, s'éloigner au plus vite pour aller se réfugier à l'auberge chez son oncle.
Elle bafouilla encore quelques vagues excuses et après un signe de la main qui voulait exprimer sa gratitude, elle reparti d'un pas rapide en direction de la ville basse mais en évitant le grand escalier.
Sans perdre davantage de temps, elle
retrouva Nathan, qui l'attendait avec impatience et le ramena avec soulagement, sans encombre jusqu'à l'auberge qui ne désemplissait toujours pas, malgré l'heure déjà
tardive.
Elle était bien trop soulagée d'être rentrée saine et sauve pour apercevoir, à bonne distance derrière eux, la silhouette discrète de Flavius, qui, charmé et intrigué à la fois, l'avait suivie par souci de sécurité mais surtout pour découvrir où demeurait cette étrange aventurière. Il les regarda entrer dans l'auberge et attendit jusqu'à la tombée du jour, comme elle ne ressortait pas, il en déduisit qu'elle habitait bien là.
« - A nous deux petite intrépide, pensa-t-il, il faudra bien que tu acceptes de me dire le secret de tes motifs, on envoie pas sans raison une pierre sur les soldats d'Hérode... De la part d'un Zélote, passe encore, mais d'une jeune fille, presque d'une enfant. . . »
D'un pas alerte, il reprit le chemin de la ville, il ne fallait pas trop tarder, il n'avait pas d'armes sur lui et les abords des remparts n'étaient pas toujours très sûrs à la tombée du jour? de plus, les portes allaient se fermer, heureusement c’était Crispus Anquilas qui était le centurion de garde ce soir, il n'allait pas le laisser dehors, refuser l'entrée de la ville au fils du chef de la garnison...ce serait du plus mauvais effet sur sa carrière...
Après avoir dû prouver son identité, on lui rouvrit en effet la porte et c'est sans autre qu'il se présenta bientôt chez Salvinien, qui avec tout le groupe de ses habitués et oisifs, se prélassait dans l'atrium de sa résidence, au milieu d'un ballet d'esclaves et de jolies femmes.
- Salut à toi Flavius, nous désespérions de te voir parmi nous ce soir. . .
- Aurais-tu fait une nouvelle conquête? demanda Antonius le secrétaire d'Hérode, il faudra que tu nous la présente, est-elle jolie au moins? Flavius eut un sourire sarcastique, il n'aimait pas Antonius, il le jugeait lâche et hypocrite, il répliqua :
- Je ne prendrai pas ce risque Antonius, ce
qui est joli mérite de rester caché, mais je peux te dire toute fois qu'en plus de la beauté, elle a le courage d'un lion et les jambes d'une gazelle !
Avec une pareille description,tous les invités de Salvinien, l'armateur et commerçant le plus riche de toute la Judée étaient impatients d'en savoir plus. Il y avait là tout ce que Jérusalem comptait en riches citoyens, mais l'oisiveté à un défaut majeur : l'ennui ! Aussi tout moyen d'y pallier était le bienvenu, chacun y alla de sa question :
- Tout cela! Mais c'est une merveille !
- Vite, raconte-nous où l'as-tu rencontrée ?
- Quel est son nom ?
- Allons Flavius, ne te fait pas prier. . .
- Quand est-ce que tu nous la présente ?
Flavius se décida enfin à répondre, non sans avoir auparavant pris ses aises et s'être installé auprès des autres sur un lit pour la cena, le repas du soir que les autres invités avaient déjà commencé.
- Et bien voilà, alors que je descendais le grand escalier pour me rendre chez mon cordonnier, tu sais celui qui fait un travail si magnifique, Salvinien, je lui avais demandé de me confectionner . . .
- Au fait Flavius, au fait par les dieux !
- Bon, bon j'y viens.... je descendais donc l'escalier et voilà que soudain. . .
Le récit de Flavius dura un bon moment, il l'agrémenta de forces détails, de descriptions flamboyantes, et finalement chacun applaudit. Mais personne ne le cru !
- Allons, allons Flavius, je te savais imaginatif, mais de grâce raconte nous des histoires plus plausibles que cela, une jeune fille juive qui assomme les soldats d'Hérode, allons si c'était vrai, il y a bien longtemps que la Judée ne serait plus province romaine répliqua Antonius en se trémoussant de rire sur son lit et en renversant une partie de sa coupe de vin sur sa toge, les bourrelets de son double menton virant au rouge sous les soubresauts et les hoquets. . .
Flavius n'insista pas et s'en sorti par une pirouette:
- Et bien, joyeux convives, l'essentiel n'est-il pas de passer un bon moment autour de quelques bons plats? Peu importe que l'histoire soit vraie ou non, du moment qu'elle vous réjouit !
- Bien parlé approuva Salvinien qui changea de conversation en questionnant son voisin de droite Titus Alti, chargé d'organiser des jeux pour le prochain anniversaire d'Hérode.
- Alors quelles festivités nous prépares-tu Titus, est-ce que se sera aussi bien qu'il y a 5 ans ?
La conversation reparti de plus belle, mais Flavius lui était absent, rêveur. . . Cette rencontre avec Salomé n'était pas ordinaire, elle venait rompre un peu la monotonie de ses journées.
Depuis plusieurs mois il était inactif. Attendant sa nomination de Præfecti à la tête de l'unité de cavalerie de Césarée, que lui avait promis d'obtenir pour lui Salvinien, (en fait l'ami de son père) grâce à l'étendue de ses relations et à la largesse de sa bourse. . . Mais la nomination se faisait attendre; le poste était convoité par des hommes de valeur, plus chevronnés que Flavius, qui n'avait pour lui outre ses appuis extérieurs, que l'avantage de sa fougue, mais l'inconvénient de son manque d'expérience... Il avait choisit de servir dans l'armée par goût de l'effort, de l'exercice physique et aussi par ambition personnelle, il voulait grimper, devenir un homme influent, respecté, riche. . .
Et pour tout cela, le chemin le plus rapide et le plus exaltant était probablement de servir dans les légions et surtout la cavalerie de César ! Mais le temps était long, à ne rien faire....Dans ses conditions l'aventure de l'après - midi était un agréable dérivatif …
- Mais où est-elle donc passée ? Cette chèvre me rendra folle! Salomé pestait tout en fouillant rageusement avec son long bâton de bergère dans les buissons épineux alentour: à chaque fois c'était la même chose, dès qu'elle avait le dos tourné, la Noire s'en allait et elle perdait des heures à la chercher. . . .
Essoufflée, elle s'appuya un moment contre le tronc de 1'un des oliviers noueux et plusieurs fois centenaires, posés tels les soldats d'une armée aux aguets tout autour d'elle. Récupérant son souffle, elle écouta la brise jouer dans les branches, bientôt les olives seraient mûres...
Un bêlement plaintif retentit, Salomé tendit l'oreille, à nouveau, il lui sembla entendre l'appel de l'animal; elle avança dans sa direction, arrivant bientôt en haut d'un petit ravin. La plainte venait du fond de celui-ci. S’accroupissant au bord, Salomé aperçu tout au fond deux cornes et une barbiche noire tremblant lamentablement...
- Comment as-tu fait pour tomber là-dedans? Et comment vais-je faire pour t'en sortir?
Le ravin avait au moins la profondeur de la taille d'un homme, peut-être plus. . . Salomé regarda le soleil; il était encore haut, pas plus de la septième heure...Elle avait le temps de courir à l'auberge chercher son oncle pour sauver la chèvre…. Si on la laissait là, nul doute qu'au matin elle n'ait été dévorée.... Mais cela voulait aussi dire laisser le reste du troupeau seul un long moment, que faire ?
Elle se décida, la Noire était la chèvre préférée d'Houlda et celle qui fournissait le plus de lait ! Sa décision fut vite prise : dévalant la pente, elle rejoignit rapidement le sentier qui menait de la vallée du Cédron au Mont des Oliviers où elle aimait mener paître ses chèvres.
Soudain, elle entendit une voix l'appeler:
- Eh, où cours-tu si vite ?
Se retournant sans s'arrêter, Salomé jeta un coup d'cil à son interlocuteur et manqua de trébucher… Le jeune romain ! Elle fut tentée de courir encore plus vite, le souvenir peu glorieux de leur rencontre le lui suggérait fortement, mais une autre idée traversa son esprit : Il pouvait être l'aide qui lui était nécessaire et il fallait absolument sortir la Noire de sa fâcheuse posture ! Convaincue par son raisonnement, la jeune fille s'arrêta et passant outre à sa gène, répondit:
- Je vais chercher du secours pour la chèvre de mon oncle qui est tombée dans un ravin. . .
Hésitante elle ajouta:
- Peut-être que tu pourrais m'aider?
- Probablement, conduis-moi. . . !
lls prirent tous deux le chemin dans l'autre sens, sans mot dire.
Salomé se sentait partagée entre l'embarras de se retrouver face à celui qui l'avait sauvée d'un péril certain trois jours plus tôt, et son soulagement pour le sort de la chèvre qui était en passe de s'améliorer...!
Elle s'était bien gardée de parler à quiconque de son aventure.... D'ailleurs en y repensant elle avait bien du mal à comprendre ce qui lui avait pris....
Flavius parla le premier:
- Sais-tu que tu as sérieusement blessé l’un des gardes d'Hérode? Leur chef est venu s'en plaindre à mon père, Quintus le chef de la garnison de Jérusalem, ajouta-t-il pour être plus explicite.
Salomé ne répondit pas, elle attrait voulu oublier à tout jamais cette histoire et voilà qu'en plus il lui en reparlait. . .
Flavius l'observait à la dérobée, elle marchait droite, le visage un peu crispé, le regard fixe, droit devant.
« Sûr qu'elle a compris que je l'ai suivie... tant pis, l'occasion était trop belle, je n'allais pas la laisser passer, de toutes manières je compte bien arriver à décoincer ce petit minois crispé.... ! »
lls arrivaient en haut du ravin, où la pauvre chèvre continuait de bêler éperdument..
- Ainsi voilà donc ce qui te pose problème ? Allons pauvre bête, ne t'inquiètes passe vais te sortir de là. . . .!
Avec agilité, Flavius entreprit de descendre jusque vers l'animal, qui bien que voyant le secours arriver ne cessait pas pour autant de bêler… Arrivé à sa hauteur, Flavius la saisit et apparemment sans grand effort, la hissa sur ses épaules. Mais ce n'était pas du goût de la Noire qui se mit à se débattre et à bêler de plus belle. . .
- Est-ce que t'u n'aurais pas une cordelette à me passer pour que j'attache ses pattes? Je crains de ne pas arriver à remonter, si elle ne se calme pas. . .
Salomé qui n'avait pas perdu de vue un seul de ses gestes lui lança la cordelette lui servant de ceinture.
- Là ! maintenant je devrais arriver à
remonter sans trop de mal. Commenta Flavius d'un air satisfait, après avoir solidement attaché ensemble sur sa poitrine, les quatre pattes de l'animal. Enfin domptée, la Noire ne disait plus
rien.
S'accrochant tant bien que mal aux branches des arbustes et aux rochers saillants, Flavius quelque peu essoufflé, émergea bientôt du ravin. Il posa à terre la chèvre qui aussitôt liberée de ses liens se hâta de retourner en bêlant en direction du reste du troupeau.
Il rendit à Salomé sa ceinture, qu'elle renoua autour de sa taille en silence.
Maintenant que la chèvre était hors de danger elle était soulagée, mais ne se sentait pas plus à l'aise pour autant de se retrouver face au jeune homme.
- Ainsi tu gardes les chèvres quand tu
n’assommes pas les gardes d'Hérode ?
Salomé sentit le rouge lui monter aux joues à nouveau.
Flavius insista.
- Vas-tu enfin m'expliquer pourquoi tu as eu ce geste, l'autre jour? Tu sais qu'Hérode n'a guère apprécié cette affaire et qu'il a exigé de mon père qu'on recherche activement l'auteur de ce forfait?
- Eh bien il ne te reste donc plus qu'à me dénoncer, tu auras fait ton devoir, n'es-tu pas citoyen Romain ?
Flavius éclata de rire devant la vigueur de la répartie :
- Décidément, tu n'es pas une enfant facile ! Crois-tu vraiment que je vais te dénoncer, après t'avoir sauvée des sales brutes d’Hérode et t'avoir suivie jusqu'à la demeure de ton père pour m'assurer qu'il ne t'arriverait rien de fâcheux? Vraiment c'est ce que tu crois?
Salomé ne répondit pas, elle sentait monter en elle la panique: Non seulement, il était témoin de son acte, il était Romain et le fils du chef de la garnison, et en plus il savait où elle demeurait....Elle tenta une diversion plutôt que de répondre à ses questions :
- Que veux-tu de moi ? Laisse-moi, il se fait tard. .. je . .. je dois redescendre le troupeau à la bergerie. ..
Flavius fit mine de ne pas avoir entendu. . . :
- Ne t'inquiètes pas, mon père a donné des ordres pour la forme, mais il se moque éperdument de savoir qui a fait cela, en fait ça l'amuse plutôt qu'on ait ridiculisé la garde d'Hérode de cette manière . . . et qui voudrait me croire si je disais qu'une enfant telle que toi a commis un acte aussi déraisonnable ? Personne. Mais tu n'as toujours pas répondu à ma question, pourquoi as-tu fait cela, tu devais bien avoir une raison tout de même? Ce n'est pas le genre de jeu auquel jouent les enfants de ton âge?
- Je ne suis plus une enfant. . . et cela. . . cela ne te regarde pas....laisse-moi passer, il faut que j'aille prendre soin de mon troupeau. . .
- Très bien petite entêtée,
j'espérais un peu plus de mansuétude de ta part, d'abord je te sauve la vie, puis celle de ta chèvre.... et c'est comme ça que tu me remercies ? son ton était amusé, un tantinet narquois....il
continua :
- Bon allez va ... mais je te préviens, puisque tu ne veux pas me répondre, je reviendrai un autre jour et un troisième s'il le faut, jusqu'à ce que tu sois décidée à me dire ton secret. ....
Sans répondre, Salomé passa devant lui, aussi raide et glaciale que possible et rejoignit son troupeau, quelle rassembla rapidement et dirigea sans ménagement en direction de la vallée.
Elle se fit violence pour ne pas se retourner, bien qu'elle sentit sur son dos peser le regard insistant de Flavius. . .
Il la regarda disparaître au détour du sentier, mais il ne la suivit pas cette fois : A quoi bon puiqu’il savait où la retrouver et il se promit de ne pas tarder à mettre ce projet à exécution.. .
« - Sacré caractère, pensa-t-il, elle arrive à se contenir et à me remettre en place. .. Ce n'est peut-être pas tout à fait une femme encore, mais c'est déjà un sacré brin de fille ! »
Nathan, d'un air rageur, lançait des pierres sur un vieux morceau de jarre cassée qu'il prenait pour cible, essayant de finir de la briser.
- Qu'est-ce qui t'arrives petit frère?
- Rien, je suis puni...
- Puni ?
- Oui le rabbin s'est plein à oncle Bildad que je ne travaillais pas assez, alors il m'a puni, j'en ai assez moi de devoir rester des journée entières, assis à écrire et réciter la Torah, j'aimerais bien mieux être à ta place à courir dans les collines en gardant les chèvres.. !!
Salomé secoua la tête, mi amusée, mi catastrophée...son frère ne tenait pas en place, depuis quelques lunes à peine qu'il était sensé suivre les cours du rabbin, c'était déjà la troisième fois que celui-ci le punissait. . . Nathan n'était décidemment pas un garçon facile...
Il avait le front carré et volontaire, plutôt petit de taille et râblé, il préférait en général le langage des poings et la lutte, à la lecture de la Thora....Il avait le tempérament impétueux de son père, mais la sagesse en moins... Seule Salomé parvenait à lui faire entendre raison, Bildad et Houlda avaient bien essayé de lui inculquer l'obéissance, mais ni les punitions, ni les calottes n'avaient eu d'influence sur lui, ils avaient alors été décidé de l'envoyer chez le rabbin, « afin de lui inculquer la discipline ! » Visiblement le rabbin non plus n'était pas trop de taille face à cette tâche ardue. . .
- Et combien de temps es-tu puni?
- Le rabbin a dit qu'il ne voulait plus me revoir jusqu'au prochain shabbat..
« Il a vraiment dû faire des bêtises pour recevoir une telle punition » pensa Salomé en hochant la tête. . .
Comme pour ponctuer sa phrase, un des cailloux qu'il avait lancé plus adroitement que les précédents fit voler en éclats le reste de la jarre. . ..Nathan reprit:
- Du coup je n'ai même plus le droit d'aller jouer avec mes amis de la rue des potiers, je suis obligé de rester ici à ne rien faire! Salomé ne pu s'empêcher d'avoir un petit sourire mélancolique :
« -Comme les choses sont mal faites songea-elle, Nathan ne songe qu'à courir dans les collines avec les chèvres, et moi je ne rêve que d'apprendre à lire écrire et compter. . .. »
-Eh bien demain tu n'as qu'à venir avec moi dans les collines, garder les chèvres. . .
proposa-t-elle.
- Vrai? Tu veux bien que je vienne avec toi? Je pourrai prendre ma fronde pour tirer des grives?
- Si tu veux, dit Salomé, qui sourit de voir la physionomie à nouveau radieuse de son petit frère.
Le lendemain, Nathan se réveilla aux premiers rayons de l'aube, aussitôt il secoua Salomé.
- Salomé, Salomé, le jour se lève !
- Oui, doucement, le Temple ne va pas
s'effondrer... On a le temps !
Mais Nathan était décidemment très excité à la perspective de courir dans les collines avec les chèvres et il lui fallut obtempérer à son insistance. . .
La journée s'annonçait belle et chaude, les oliviers ployant sous la charge des fruits prédisaient une belle récolte pour autant que nul orage de grêle, ne vienne ruiner cette espérance.
Rapidement les chèvres s'égayèrent alentour, à l’affût du moindre petit brin de verdure pas encore desséché par les chaleurs de l'été.
Nathan aussi, se mit à l'affût de tout ce qu'il pouvait s'entraîner à tirer avec sa fronde, mais sa main manquait encore de précision et la plupart de ses essais se soldaient par un bruissement d'aile et quelques feuilles arrachées...
Salomé le regarda faire un long moment amusée, puis, alertée à la vue de la Noire qui comme toujours tentait de faire bande à part, elle couru rattraper sa bête. En revenant un moment plus tard s'asseoir sous son olivier préféré, elle ne vit plus son frère; mais ça ne l'inquiéta pas outre mesure, il ne pouvait pas être bien loin…. Cependant quand le soleil arriva à son zénith, comme il n'était toujours pas revenu près d'elle, elle se mit à l'appeler et à le chercher.
Au bout de quelques instants et après plusieurs appels, elle le vit arriver en courant, rouge de plaisir et encore plus excité qu'avant :
- Salomé, je sais tirer maintenant, il m'a appris regarde ! C'est parce que je mettais mal le caillou et que mon bras était trop près du corps en tournant, regarde, tu vois la branche morte là ? Je vais la couper ! Sûr de lui, l'enfant mit un petit caillou dans sa fronde, la fit tournoyer . . . il y eu le bruit feutré de la fronde à pleine vitesse, puis le craquement sec de la branche morte qui tomba au sol. . .
- Je l'ai eue, je l'ai eue, tu as vu Salomé ? Tu as vu ?
- Mais comment as-tu fais pour apprendre si vite ?
- C'est mon ami qui me l'a appris! Répondit- il avec fierté.
- Ton ami ? Quel ami ?
- Lui, je ne sais plus son nom...dit il en montrant la direction d'où il venait, il arrive, je l'ai devancé en courant dès que j'ai entendu tes appels. . .
Salomé se retourna vers le sentier qui menait en haut de la colline et d'où lui parvenait en effet des bruits de pas. Elle faillit s'étrangler en reconnaissant et « l'ami » en question: « -Le jeune romain! Oh non ce n'est pas possible, pas lui. » Pensa-t-elle….catastrophée.
Voyant son visage s'assombrir, Nathan pensa que c'était parce qu'elle avait peur de la tenue de romain de Flavius, aussi très vite il ajouta:
- Il est très gentil tu sais, ça fait un long moment qu'il m'apprend à tirer et tu as vu? Ca marche!
- Oui, oui. . . ça marche. . .
La prenant par la main, il l'attira à la rencontre de Flavius:
- Voici ma grande sœur Salomé ! Le jeûne homme, un léger sourire aux lèvres la salua de la tête, comme il était d'usage.
Salomé senti le rose lui monter aux joues « Heureusement qu'il n'a pas raconté à Nathan que nous nous connaissons déjà » pensa -telle avec un mouvement d'humeur et après lui avoir rendu froidement son salut, s'adressa à son frère :
- Je commençais à m'inquiéter de ton absence....Est-ce que t'u n'as pas faim? Le soleil est haut, quand à moi j'ai bien envie de manger un peu.
- Oui, moi aussi, est-ce que tu manges avec nous? ajouta-t-il aussitôt en se tournant vers Flavius..
- Ma foi, volontiers.. ..
Salomé se sentit encore plus mal à l'aise et tenta une dernière parade:
- C'est que. . . nous n'avons que quelques dattes, un peu de lait, et un morceau de pain. . .
c'est bien maigre pour contenter un romain comme toi, c'est pourquoi je ne l'avais pas proposé....
- Un romain comme moi sait se contenter de ce qu'on lui donne, et d'autant plus lorsque c'est en agréable compagnie....
Ne sachant plus que répondre Salomé se dirigea vers le rocher à l'ombre duquel était entreposée sa besace avec les provisions.
Ils mangèrent, Nathan n'arrêtait pas de parler, totalement inconscient de ce qui se passait en silence entre les deux jeunes gens. . .
Salomé essayait d'éviter de croiser le regard de Flavius, qui lui la dévorait des yeux.
Dès qu'il eu fini sa dernière bouchée, Nathan saisit sa fronde :
- Je vais continuer de m'exercer, regardez, je vais m'entraîner sur les hautes branches de cet olivier mort là-bas.. .
- La prochaine fois que je viendrai je t'apprendrai à tirer sur les oiseaux en plein vol!
- C'est vrai? Tu sais le faire?
- Bien sûr...
Enchanté, Nathan s'éloigna de quelques pas, cherchant de nouveaux cailloux pour sa fronde.
- Tu sais que ton petit frère promet d'être un homme adroit et volontaire ?
- Oui. . .
- Il m'a aussi appris que vous vivez chez
ton oncle et ta tante....
Il y eut un silence. Flavius reprit:
- Ce n'est pas facile de parler avec toi. .. Ma présence t'importune- t- elle donc tant, ou alors aurais-tu peur de moi ?
- Je n'ai pas peur de toi! La voix de Salomé était cassante, il fallait qu'il comprenne sa position une fois pour toutes:
- Une jeûne fille juive n'a pas à parler avec. . . avec. . .
- Un Romain ? Un oppresseur, c'est ça ?
- Oui !
- Ne pouvons nous pas oublier un instant tout cela? Après tout tu n'as pas choisi de naître juive, ni moi romain.. ..
- Je suis fière d'être née juive, c'est l'Eternel qui en a décidé ainsi !
- Est-ce que pour autant ça doit être un sujet de querelle entre nous et nous empêcher de faire connaissance? Bon, je vais te laisser, je repasserai sûrement par là un de ces jours prochains, je l'ai promis à ton frère, nous pourrons peut-être en reparler?
Il se leva et après un dernier signe de la main à Nathan qui s'exerçait toujours à quelque distance, il se dirigea tranquillement d'un pas souple vers les remparts, et rapidement disparu au détour du sentier.
Longtemps après son départ, Salomé resta au même endroit, les yeux perdus dans le feuillage de l'olivier contre lequel elle s'était adossée.
. . Pourquoi ce romain ne la laissait-il pas tranquille? Comme c'était étrange, en même temps elle était agressée par son insistance à la rencontrer sans cesse ces derniers jours, elle trouvait cela déplacé. . . Et puis, d'un autre côté. . . Et elle se sentait presque . . . flattée, oui de l'intérêt qu'il lui montrait. . .peut-être avait-il raison, ils n'étaient responsables ni l’un ni l'autre de leur naissance, se serait peut-être amusant de parler avec lui, ça briserait un peu la solitude et la monotonie de ses journées de bergère.... Il faudrait surtout qu'elle recommande à Nathan de ne parler de lui à personne. . . Bildad son oncle en ferait une attaque! Elle imaginait ses yeux, petits et enfoncés dans leurs orbites, s'écarquiller d'horreur : Sa nièce et son neveu parlant et mangeant avec un oppresseur, ce serait une trahison, lui qui se targuait d'entretenir des relations avec le parti des zélotes et d'être au courant de toutes les tentatives fomentées en Judée pour secouer le joug romain...!
Mais il y avait longtemps que Salomé avait appris à faire la part des choses entre ce que son oncle disait et… la réalité, en fait il aimait surtout avoir beaucoup de choses à dire à ses clients, et au besoin, il en inventait certaines..
A son arrivée six ans plus tôt à l'auberge, il lui faisait peur, d'un tempérament emporté, il élevait facilement la voix, sur les esclaves, ou contre les mauvais clients, surtout lorsqu'il avait ingurgité quelques pichets de vins. . . Mais en fait il n'était pas méchant.
Houlda, elle, avait su tout de suite gagner sa confiance, son visage rond et jovial inspirait la sympathie et puis elle était pleine d'attention pour eux, de tendresse. Mais la vie à l'auberge était toujours bruyante, souvent harassante, Houlda devait tout diriger et malgré sa petite taille et sa corpulence assez imposante, elle s'y employait avec une énergie incroyable. . .
Salomé aimait bien l'auberge, le passage et prenait plaisir à seconder sa tante, mais elle n'avait jamais pu retrouver vraiment la tranquille assurance, la sérénité qu'elle avait connu petite dans la maison de Bethlehem, avec ses parents, ou avec Marie et Joseph....
Elle ne les avait jamais revus... Qu'étaient-ils devenus? Jésus devait lui aussi avoir beaucoup grandi.... Pourquoi n'étaient-ils jamais revenus la chercher ? Ses doigts cherchèrent le petit sac de toile pendu à son cou, dans lequel elle avait mis sa précieuse pierre, elle ne la quittait jamais, la portant sur son cœur avec ses souvenirs....
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